L’automne: cette période de l’année où l’on passe trop vite des mini shorts aux foulards trop gros pour nos petits corps frêles qui s’apprêtent à subir l’inévitable froid polaire. C’est avec un thé pour les uns, café pour les autres que se savoure au mieux ce moment limbique dans le confort de son chez soi. Personnellement, c’est un livre à la main que j’arrive à apprécier pleinement ces délices intemporels, yeux vaguant des feuilles multicolores par-delà la fenêtre à celles des pages de mon livre – parce que oui, je suis une fervente de cette expérience privilégiée vs l’utilisation de la tablette! Pour vous, j’ai fouillé ma bibliothèque encombrée pour y dénicher cinq titres de livres à lire en cette saison douillette. D’abord pour ce qu’ils inspirent, puis pour la diversité de leur origine et de leur époque.

1. Le parfum – Patrick Süskind
Ce livre représente un véritable chef-d’œuvre de la littérature allemande. Personnellement, il s’agit de l’un des ouvrages m’ayant le plus marquée, et ce depuis que je suis en âge de lire Les trois petits cochons! L’histoire, se déroulant au XVIIIe siècle à Paris, fait état, depuis sa naissance à sa mort, d’un meurtrier/psychopathe… mais pas n’importe quel genre: il n’y a pas de terme plus exact que creepy pour le décrire. Non seulement commet-il ses crimes afin de s’emparer de l’odeur de ses victimes, mais il ne possède lui-même pas d’odeur. Weird? Très. Mais jamais un livre ne m’aura autant fait voyager «olfactivement» parlant, de par la précision et le choix judicieux des mots employés. On a l’impression d’y être et surtout comme son titre l’indique de sentir les odeurs, tant délicieuses que nauséabondes, émanant de ses pages. Des pages qui rappellent les jours automnaux, où les émanations de feuilles mortes se mélangent à la fraîcheur de la brise nordique et des fourneaux abondant de desserts aux pommes de toutes sortes.  

la parfum

2. L’ombre du vent – Carlos Ruiz Zafrón
Pour les frissons et les vertiges que procure l’intrigue de ce roman d’origine espagnole, cela en vaut les 668 pages! Voilà une histoire qui tient en haleine, du début à la fin, où la fiction s’entremêle avec la réalité et où la superposition des mondes littéraires donne le sentiment étrange de regarder le film Inception. Car en lisant ce livre, nous suivons l’histoire du jeune Daniel Sampere, qui suit lui-même une histoire passionnante écrite par un auteur mystérieux, Julián Carax, qu’il tentera d’élucider le mystère, déterrant par le fait même un passé obscur. Loin de représenter un roman d’épouvante, il n’en reste pas moins un sacré suspense plutôt lugubre par moment, parfait pour Halloween.

l'ombre du vent

3. Chercher le vent – Guillaume Vigneault
Ce deuxième roman du Québécois Guillaume Vigneault plaira aux adeptes de road trips. En effet, ses pages campent le road trip improvisé de deux ex-beaux-frères, partis à la suite d’une rupture amoureuse de l’un avec la soeur de l’autre. Le gars au coeur brisé, c’est aussi un pilote d’avion / photographe / surfer, bref le genre qu’on haï pas pantoute et qu’on aurait même le goût de consoler. Just sayin. Autre petit cliché: l’arrivée improbable d’une énigmatique et exotique passagère, puis incidemment d’un triangle amoureux. Reste que ça met du piquant dans la recette. On suit donc leur aventure vers nulle part, qui à mon sens, ressemble davantage à une fuite qu’à une quête personnelle, le tout à coup de citations bien dosées. Une aventure qui durera le temps d’un été, mais qui ne trouvera son sens qu’une fois octobre entamé. En somme, un livre léger qui donne envie de mettre les voiles et où le gène familial du poète se fait sentir.

chercher le vent

4. L’écume des jours – Boris Vian
Un roman français de l’après-guerre, poétique, doux, métaphorique à souhait comme son titre l’indique. Une histoire d’amour frappée par l’oeuvre du temps et des saisons, dont la narration est savamment rythmée par des jeux de mots grinçants et des références musicales jazzées. Pour l’apprécier pleinement, j’ai trouvé nécessaire d’ouvrir mon esprit au surréalisme de l’oeuvre. On y retrouve en effet plusieurs éléments tirés de l’imaginaire tant au niveau de l’histoire que de l’écriture. Par exemple, c’est sans étonnement qu’un nénuphar grand d’un mètre pousse dans le poumon droit d’une des protagonistes, dû au froid automnal. Puis, des pianocktails concoctent des boissons à partir de chaque note jouée, chose qu’Audrey et Rose devraient absolument se procurer pour leurs capsules alcoolisées.

l'écume des jours

5. Jane Eyre – Charlotte Brontë
La littérature anglaise du XIXe siècle n’est peut-être pas ce qui existe de plus excitant, mais à mon sens, elle constitue une excellente base de connaissance générale. Tsé le genre le livre qui donne des leçons de vie et qui peut même devenir le centre d’une conversation lors d’une date avec un intello. Je dis ça comme ça subtilement. Bref, c’est à force de lire des romans ou même de regarder des films référant à Jane Eyre que je me suis donnée comme défi personnel de le lire dans la langue originelle de son auteure, publiée à l’époque sous le pseudonyme masculin de Currer Bell. Outre la barrière linguistique – lire Harry Potter & Jane Eyre en anglais n’a rien de comparable — cela prend un petit moment avant que l’intrigue ne se déclenche et par le fait même que l’attention ne soit retenue. Cette histoire a somme toute le mérite de nous faire vivre un véritable voyage spatiotemporel dans le comté du Yorkshire, à une époque où les bougies constituaient la seule et unique source d’électricité, où les femmes portaient communément des robes à crinoline et où les gens vivaient dans des châteaux, soit en tant que maîtres pour les plus chanceux, ou en tant que serviteurs pour les autres. Entre deux chapitres, on a envie de prendre l’accent britannique et de boire une tasse de thé le petit doigt relevé, histoire de faire perdurer ce temps révolu. Nostalgie des jours romantiques que nous ne connaîtrons jamais mélangé au soulagement d’un tel constat: qu’il fait bon de vivre dans un monde où l’on peut désormais signer un texte sous notre véritable nom.

jane eyre