Je prends un certain plaisir à assister aux graduations universitaires de mes amis. N’ayant moi-même jamais assisté aux miennes (j’avais complètement oublié la date de celle de science-po, et le certificat en journalisme n’en avait juste pas), je me plais à m’imaginer en toge, diplôme en main, à côté de mes camarades.

Ce week-end, deux de mes plus proches amis sont à leur tour, passé du côté du monde adulte avec la Cérémonie d’engagement des ingénieurs de Polytechnique. Il faisait si beau en ce 29 mars, et la salle Wilfried Pelletier de Place des Arts était bondée. Jeunes et vieux sur leur 31 se sont bousculés pour apercevoir, ne serait-ce que quelques secondes, leur frère, nièce, petits-enfants et raison de vivre se faire passer la bague au doigt. 

Habillée de mes plus beaux vêtements du dimanche, je n’ai pu qu’être émue de voir mes amis passer le cap. Bien que je sois déjà fièrement employée, je ne peux que verser quelques larmes lorsque mes copains prennent le même chemin que moi. Cette journée a donc clos nos soirées étudiantes polytechniciennes. Elles n’étaient certes, par très nombreuses, mais ô combien croustillantes. C’est notamment grâce à ces deux compères que j’ai pu vous raconter le moment fatidique ou j’ai perdu mon sex appeal en moins de deux dû à un saignement de nez impromptu !

C’est donc le cœur serré que j’ai hurlé OuuuuuuaaaAAAAAis va-y bébéééé, t’es le plus fort !! lorsque mes amis sont descendus de l’estrade en beaux finissants.
J’ai vu derrière eux les fantômes de nos anecdotes se taper dans le dos et se faire la bise, j’ai vu les tâches d’alcool se dissiper au rythme de leurs pas et nos chansons préférées se fondre au brouhaha de la foule. Pendant quelques instants j’ai eu peur de les perdre, comme si la bague de l’ingénieur les avait instantanément transformés en adultes grincheux et chiants. Et puis, mon téléphone sur mes genoux a vibré. « Qu’est ce qu’on se fait chier… », ce texto dans toute sa vulgarité m’a pourtant rapidement prouvé le contraire. Ils étaient toujours les mêmes, un peu gamins, bâillant lors d’un discours un peu trop long et pas assez articulé.

Autour d’un énorme burger, nous les avons félicités. Bravo d’en être arrivés là. Bravo d’avoir tenu le coup. Et merci, merci pour ces années.
Je ne suis pas polytechnicienne et ne le serait d’ailleurs sûrement jamais, mais j’aime penser que j’ai posé ma marque quelque part avec eux. Je les ai vus grandir, à la cadence mesurée des examens, des relâches, des party et je me félicite d’être encore là pour les voir réussir, enfin.

De retour chez l’un d’entre eux, pendant que le soleil se couchait lentement, il a doucement retiré la bague de son doigt avant de la poser sur la table basse du salon.
Je ne sais même pas si je vais vraiment la mettre tu sais?  

 Pas besoin d’une bague pour savoir d’où l’on vient.