Cela fait environ un an et demi que je travaille au même endroit. Un an et demi de métro, boulot, dodo, du même ordinateur, du même bureau, de la même chaise, mais surtout, de la même équipe (ou presque).

Les premiers mois de mon début de carrière, je m’étais jurée d’être calme, posée, et surtout d’accomplir mes tâches avec le plus d’entrain possible, sans me laisser entraîner par les potins et autres discussions légères. Après tout, avoir été choisie parmi des candidats qualifiés était une chance, voir même un honneur ! Il ne fallait dans aucun cas donner à mes supérieurs une envie de me voir partir.

C’est comme pour tout, on arrive avec plein d’entrain et inévitablement, on finit toujours par se faire aspirer dans le trou noir de la routine et de l’ennui, en cédant aux messes basses et rires gras. Finalement, nos collègues forment un cocon que nous pouvons appeler famille, malgré nos réticences à parfois vouloir l’admettre.

Je connais maintenant les manies, les rictus et les petites habitudes de chacun et je sais lire sur les visages dès 9h00 si oui ou non, la journée se passera bien. En arrivant, je ne voulais pas me fondre au cadre, car je refusais de penser que mon travail serait ma vie ­- je ne voulais pas y penser une fois les 17h00 sonnées jusqu’au réveil du lendemain.

Mais sans le vouloir, je n’ai pu m’empêcher de me sentir à l’aise et de me plaire à participer aux blagues communes, à comprendre des inside jokes plus ou moins vulgaires, mais surtout à m’attacher. C’est à coup de petits surnoms (il m’arrive de me faire surnommer Baby ou fétus), de petites larmes ou de rires saccadés, de lunch fait maison autour de la petite table de la cuisine ou de gros jurons frustrés que des liens se sont tissés. Les party d’anniversaire ou de départ un verre de vin à la main sont toujours synonyme de mélancolie et d’histoires partagées avec le temps. Ces petites réunions ressemblent quelque part à celles que l’on peut avoir avec nos vraies familles (sans le creepy uncle et la grand-mère en chaise roulante), débordantes d’anecdotes et de chicanes à demi révélées.

Aujourd’hui, je suis sans cesse dans une situation de love-hate relashionship, parce que je passe une énorme majorité de mon temps avec mes collègues, et que, comme avec des frères et sœurs ou parents, je les aime autant qu’ils m’insupportent.   Il y a des jours avec et des jours sans et je sais que cette famille non conventionnelle continuera à m’en faire voir de toutes les couleurs, jusqu’à ce que nos chemins se séparent.

J’ai la grande chance de pouvoir dire que mon premier véritable travail m’aura donné une famille avec laquelle j’ai beaucoup appris, mais surtout grandi. Je ne peux m’empêcher de me revoir, le 10 novembre 2014 devant le miroir de l’ascenseur, les joues rosies par l’excitation et l’angoisse, prête à être accueillie par ceux qui me donneraient de nouvelles ailes.