Chère Montréal,

Tout ce fourbi dure depuis trop longtemps. Que le menu du Basha ne vous y méprenne: le shawarma de poulet n’est PAS appelé shish taouk! Il est temps de remettre les pendules à l’heure, et les pois chiches dans le hummus.

Allez! Tous à vos dicos étymologiques!

Le mot arabe shawarma vient du mot turc çervirme qui veut littéralement dire «tourner». Commander un shawarma c’est donc commander un sandwich, ou un plat, à base de viande, rouge ou blanche, cuite sur une longue broche verticale, qui tourne constamment. Il existe des shawarmas de bœuf ou des shawarmas de poulet.

Le mot shish est issu du mot turc sis (sans les accents étranges) qui veut dire «brochette». Le mot taouk est turc, encore une fois, et veut dire «poulet». Vous me voyez venir, n’est-ce pas? On peut manger du shish taouk – des brochettes de poulet -, mais aussi du shish kebab – des brochettes de viande rouge – et du shish kefta – de l’agneau ou du bœuf haché mélangé avec des épices et des oignons. Un shish c’est des morceaux de viande sur une brochette. Et bim!

Je le répète: le shish taouk n’est pas un shawarma de poulet! Quant aux souvlakis et aux gyros, ils sont grecs (quoi que… je ne veux pas rentrer dans une autre grande guerre culinaire). Leur préparation n’est pas la même que la version arabe. Quand un menu mentionne le terme souvlaki, il faut s’attendre à manger une brochette de style grec; le terme shish laisse entendre une brochette de style arabe. Simple, non?

Pas tant. Tellement d’erreurs s’y sont faufilées au fil des années que chaque nouveau restaurant moyen-oriental qui ouvre ses portes à Montréal se sent aujourd’hui obligé d’utiliser les termes que le commun des mortels montréalais connaissent, aussi faux soient-ils, pour éviter la confusion. Et une distinction de plus pour les Québécois, une! Car il semblerait que ce phénomène ne soit perceptible qu’ici. Commandez un shish taouk «de style shawarma» à New York ou Toronto, et on vous demandera si vous venez de Montréal.

Mais rien n’est encore perdu. Il suffit qu’un seul commerce choisisse d’utiliser les bons mots pour que la malédiction soit rompue. C’est ce qu’a décidé de faire le propriétaire du Boustan, au centre-ville. Sur ses menus, on peut y lire noir sur blanc «Shawarma de poulet», mention presque unique en ville.

Les mots ont tous un sens précis, qu’il faut respecter. Tout comme il faut respecter la bouffe libanaise. Une salade de Taboulé faite avec plus de semoule que de persil, ça ne se verra au Liban! Alors qu’au Loblaws ici…

La prochaine que vous irez au Amir ou au Basha, faites valoir vos connaissances. Que vous commandiez un shish kebab ou un shawarma de bœuf ou de poulet, commandez-le bien. Toute la diaspora libanaise à Montréal vous en sera reconnaissante (et ça, ça représente beaucoup, beaucoup, de monde!)