Hiroshima mon amour. Le titre de cette oeuvre cinématographique réalisée à l’aube des années 60 m’accroche. D’un côté, la violence rappelée par les bombardements atomiques de 1945 sur l’île japonaise de Honshū, et de l’autre, la douceur du frisson que représente l’amour. L’union de ces deux termes fondamentalement opposés s’est aujourd’hui muée en une référence culturelle mondialement reconnue. Cendres et poussières marquant à la fois la fin d’un long conflit mondial et le début d’une guerre froide, dont la portée au fil des années s’est fait ressentir dans l’univers de la littérature, du cinéma, de la philosophie et j’en passe.

Peut-être toutefois s’agit-il moins d’une antithèse que d’un tout et qu’il y aurait davantage d’Hiroshima dans l’amour que nous le croyons. Bien que le sens commun lui octroie cette idée de douceur et légèreté, force est d’admettre que l’amour, c’est aussi une explosion en soi. Une déflagration à de multiples niveaux, celle des mots susurrés tel un aveu ou lancés à bout portant. Celle de l’éclat des cris de joie et des plaisirs de la chair, ou alors des peines et des déceptions, tout dépendant. Rictus d’amusement à la commissure des lèvres rosées ou yeux embrouillés de larmes noir. Une détonation intérieure qui fait bouillir les joues et battre la membrane cardiaque. Bombardement anatomique auquel on survit, d’une façon ou d’une autre laissant toutefois inévitablement quelques marques.

Peut-on oublier Hiroshima? Jamais. Je n’y était pas et pourtant la vue de ce mot, ces neuf lettres et quatre syllabes évoque en moi une mémoire collective si proche et insaisissable à la fois. Comme il en est de l’amour. Ça, j’y étais. Une mémoire collective à deux qui se partage toujours et encore de par les souvenirs qu’il laisse au passage.

J’ai envie de te dire que malgré toute l’eau de l’Atlantique entre nous susceptible de laver nos deux mémoires, les résidus de nos multiples explosions sont fermement accrochés à mon épiderme, mes alvéoles pulmonaires ainsi que toutes les membranes cellulaires qui composent mon corps (Je t’entends d’ici me faire le récit de nature biologique sur les mitochondries, eucaryotes, et toutes sortes de termes pas possibles sur le sujet, pour finalement aboutir à l’origine de la vie: les spongieux. Pas mal ma mémoire hein). Nous sommes nés poussière et retournerons poussière, évoque la Bible. Et que nous soyons croyants ou non, c’est un fait. Alors, soyons poussière, ensemble séparément, par contradiction et harmonie.

« Alors si ce que tu as trouvé est fait de matière pure, cela ne pourrira jamais.
Si ce n’est qu’un instant de lumière, comme l’explosion d’une étoile, alors tu ne retrouveras rien à ton retour.  Mais tu auras vu une explosion de lumière.
Et cela seul aura déjà valu la peine d’être vécu. »
– l’Alchimiste, Paulo Coelho