À côté de mon travail il y a une épicerie de quartier qui comble ma faim et celle de mes coéquipiers depuis la nuit des temps, le tout à l’heure du lunch. Comme tous les midis, je choisis les prochaines victimes de gloutonnerie. Je passe à la caisse, souris au caissier. 9,78$.

C’est à ce moment que mes mains décident de laisser tomber mon portefeuille en forme de culotte brésilienne (il le faut). Je me baisse et me relève. À environ mi-parcours, je me retrouve nez-à-nez avec l’amour de mon enfance: le Kinder Surprise, fidèle confident de mon bidon de gamine, jadis heureux récipiendaire de mes amusements. Mais, «ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie» (N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie?) Je découvre à cet instant que le Kinder de mon enfance n’est plus.

En effet, il s’est maintenant dédoublé et sexué.  Un Kinder enveloppé de papier bleu pour les garçons, et un Kinder enveloppé de papier rose, pour les filles. Un Kinder envahit par les Hot Wheels, et un Kinder à l’effigie de Barbie en personne. Je vous laisse deviner lequel est à qui. Je prends soudain peur. Serais-je la seule qui l’a remarqué et qui s’en offusque? L’article de Rabii me rassure sur ce point, mais il n’empêche que ça me fait réagir.

Qu’on soit bien clair. Je ne suis pas à l’habitude la personne qui ressort l’argument de «Genre et égalité dans la société moderne: la sexualité du féminisme et que sais-je». Tout comme je ne fais pas de ma priorité numéro un la féminisation des textes dans un journal ou le retrait du «féminin l’emporte sur le masculin». À tort? À voir, mais là n’est pas le problème.

Le problème, c’est que ce genre de stéréotypes et cette fixation des compagnies marketing de différencier les petits garçons des petites filles m’exaspère au plus haut point. Depuis quand le chocolat que doit manger un petit garçon est-il différent du chocolat que doit manger son amie? D’aussi loin que je me souvienne, mon frère à toujours jouer avec moi aux poupées, j’ai toujours construit des vaisseaux Legos avec lui et les Beanie Babies asexués s’en sont très bien tirés à ce que je sache.

Je comprends que l’objectif de l’entreprise Ferrero c’est de vendre, et je comprends aussi que l’équipe marketing ne fait que répondre à une demande. Par contre, que celle-ci soit légitime ou pas, il reste qu’un Kinder, c’est un Kinder. On peut bien être déçu par le manque de construction que requiert la figurine insignifiante qu’il contient. Mais on le mangera pareil notre chocolat. Le but n’est pas et n’a jamais été de choisir un jouet de fille ou un jouet de gars. Le but, comme son nom l’indique, c’est la surprise (et le chocolat bien sûr).

ll y a déjà assez de clichés dans le monde des jouets. Qu’on laisse les Kinder Surprise tranquilles. Les enfants s’en porteront mieux, et pourront même se l’approprier en tant que conduit universel et neutre de leur génération. Mais bon, qu’est-ce que j’en sais? Après tout, ma mère me l’a déjà dit, «Camille, parfois tu es comme un Kinder, brune à l’extérieur, mais ô combien blonde de l’intérieur.»