« Mais allez, vieeeeens, tu vas voir, ça va être trop sympa ! »

J’étais en train de sérieusement débattre deux options : me coucher et bénéficier d’une nuit longue et riche en repos, OU suivre une bande de joyeux gais lurons à une soirée underground.

Je n’ai jamais aimé les choix. Petite, je pouvais passer des heures à décider entre deux paires de boucles d’oreilles au Claire’s du coin. Cette soirée s’est avérée être ma paire de boucles d’oreilles en toc 10 ans plus tard.

Finalement, poussée par les taches de rousseurs de l’une et le sourire des autres, je me suis faufilée dans la nuit, ne sachant pas ce que les prochaines heures me promettaient.

J’ai rapidement compris que cette soirée était complètement illégale et que seuls les vrais fanas de musiques connaissaient ce genre d’événement. En tant qu’illettrée musicale je n’ai pu m’empêcher de me voir comme un imposteur, aux portes de cette soirée branchée qui soyons honnête, ne ressemblait en rien à mes soirées mtv.com / Nutella / dodo.

Une fois les billets de cette fameuse Morning Fever achetés, tache de rousseurs m’a prise par la main et a ouvert la porte. Je me suis fait happer par l’ambiance étouffante du sous-sol éclairé d’un rouge aux vagues nuances de maison close. Les corps s’entrechoquaient, chacun vaquant à une dance unique et versatile. Des bouteilles d’alcool se partageaient, des mains se touchaient et des bouches s’embrassaient. Je venais d’accéder à un espace-temps nouveau; les montres se sont arrêtées et le temps aussi.
C’est donc ça être jeune, oublier ses soucis sur un dancefloor collant, laissant son corps lentement s’emporter à des rythmes inconnus.

Et puis il a doucement laissé glisser ses mains sur mes épaules, le long de mes bras avant de calquer sa main à la mienne, m’entraînant à l’avant de la scène de fortune, entre deux plantes vertes (étonnement en pleine forme considérant l’air ambiant). J’avais envie que les enceintes fassent exploser mes oreilles, mon cerveau, mon âme. Que le sol s’ouvre, béant et sombre, et m’aspire. Je ne voulais pas retrouver la surface, ces émotions tamisées étaient tout ce dont j’avais besoin.

Les pas de danse se sont peu à peu estompés, et le moment de retrouver l’air frais de la nuit est arrivé.
L’un titubant, les autres chantant du Céline Dion entre deux fous rires, je n’ai pu m’empêcher de serrer les boucles d’oreilles en toc au fond de ma poche. J’avais fait le bon choix. Elles étaient les bonnes.