Le brunch du dimanche n’est pas qu’un simple déjeuner, ni qu’un minable dîner. Le brunch du dimanche est un rituel sacro-saint qui se fait préférablement en terrasses, et toujours entre amies. Or, dimanche dernier j’ai osé faire l’inconcevable. Je suis allée bruncher seule. Et pas que ça. La même semaine, j’ai pris le temps de m’habiller fancy pour aller à la place des arts. Seule.

Dans un épisode de Sex and the City, « They Shoot Single People, Don’t They? » Carrie contemple sa peur, et nos peurs, d’être célibataire, d’être seule et surtout d’être vue seule en public. 

Ces trois appréhensions sont, à mon avis, distinctes les unes des autres, puisque ce n’est pas parce que tu as un amoureux et une tonne d’amis que tu ne peux pas aller au musée toute seule. Juste comme ça. 

Juste comme ça. C’est la réponse que j’ai donnée aux personnes qui m’ont demandé pourquoi j’ai fait tout ça toute seule. Bah, juste comme ça. C’est bien une « réponse » et non une « excuse », car vouloir faire une activité seule est un motif en soi, et non la conséquence embarrassante d’un mauvais planning. « Je devais y aller avec untel, mais il a annulé ». Non, non. Juste comme ça. 

Et honnêtement passé le désarroi de l’hôtesse qui ne sait pas trop comment fitter une personne sur une table de quatre, quand il y a une file derrière, on se sent plutôt bien. 

Mais, tu ne t’es pas sentie bizarre? Zieutée? Gênée?  Et le pire: ne t’es-tu pas sentie…seule? Le concept de solitude se relativise de nos jours. Se sentir seul, en fonction de son entourage proche ou éloigné, n’est plus vraiment une condition imposée par l’état d’être physiquement seul. On peut être tout seul dans sa salle de bain, ou en plein milieu de l’Amazonie tout en étant en contact avec 100 autres personnes grâce à son iPhone. Tandis que se sentir seul malgré son entourage de 600 personnes, ça, c’est une autre histoire. 

Bref, aussi choquant soit-il, j’ai aimé être seule. J’ai apprécié le fait de rester en silence, pouvoir manger à mon rythme, profiter du beau temps et réfléchir paisiblement (ce qui ne signifie nécessairement méditer sur l’existence de l’humanité ou la situation au Moyen-Orient, mais plutôt sur ma journée qui s’amorce ou la façon dont je vais faire mon lavage de délicats). J’ai préféré profiter de la samba qui s’offrait à moi sans me soucier de quelqu’un d’autre, sans m’infliger de sourire à demi forcé. 

Je veux continuer de partager des beaux moments avec ceux que j’aime. Je veux me promener en amoureux et bruncher dimanche prochain avec mes chicas. Mais j’ai réalisé que je veux des fois faire ces choses-là seule. Et se rendre compte qu’on est capable de les faire sans personne d’autre, c’est assez cool. 

Je me suis découverte confiante et pleine de ressources. Je n’avais pas besoin d’un témoin de ces bons moments, ni de béquilles. Pas d’Instagram, ni de Trivia Crack. Pas de bouquins. Que le roi d’la samba et moi (et 200 autres personnes). Que moi et ce pancake. En attente d’avoir les guts de faire comme Audrey et aller seule dans un bar