Ne faites pas confiance à vos amies. Ce sont des vipères mesquines qui ne cherchent qu’à vous voir souffrir.

« Tu vas voir, tu vas aimer ça », qu’elles m’ont dit. « Je ne me suis jamais sentie aussi bien »

C’est pendant notre brunch mensuel que les miennes m’ont parlé de leur dernière découverte qu’il fallait ab-so-lu-ment que j’essaie. Apparemment, le yoga froid c’est dépassé. C’est le yoga chaud qui a sa place aujourd’hui dans la vie simili-sportive de tous les hipsters slash bohémiens slash je mets des souliers de course à l’épicerie mais je n’ai jamais couru de ma vie slash je n’aime pas qu’on m’étiquette, je n’ai pas de genre. Le yoga chaud, Bikram ou même Moksha pour les intimes. Du yoga dans une pièce où il fait tellement chaud que le yoga est la dernière chose que tu aies envie de faire. Du yoga dans une pièce où il fait tellement chaud que ça sent continuellement la sueur et les petits pieds. Du yoga qui n’est pas vraiment du yoga, mais plutôt une torture emblème du 21e siècle.

C’est mon amie qui m’a fortement conseillé de l’essayer. Jeune fille naïve que je suis, je me suis précipitée vers le centre le plus proche pour m’abonner. Hésitant entre 5 et 10 classes, j’ai surestimé mon potentiel en optant pour 10. Le lendemain, je me présentais à l’école de yoga, une bouteille d’eau de 2 litres dans une main et mon tapis dans l’autre. Je m’étais trimbalée avec ce tapis toute la journée, j’avais l’air cool et sportive, je me sentais bien.

C’est en entrant dans la salle que je fus prise de court. Je m’attendais bien à ce qu’il fasse chaud, mais pas aussi chaud. Bravant les premières perles de sueur qui coulaient déjà sur mes tempes, je me suis installée le plus confortablement possible sur mon tapis. La population du plateau, connue pour son habileté naturelle de yogis, affluait petit à petit, mais je n’avais pas peur: j’avais déjà suivi un cours de yoga à l’université, je me sentais en confiance. Une gorgée, deux gorgées, puis on débuta.

Ce fut l’heure et demie la plus longue de ma vie. Tout d’abord, je me rendis compte que mes aptitudes yoga-esques étaient en fait plutôt nulles. Et elles devenaient encore plus désuètes à 40 degrés. Je me sentais comme une larve au milieu d’une foule de papillons. Tout le monde autour de moi saluait le soleil et faisait le cobra aussi paisiblement que s’ils étaient les fils du cobra en personne. Moi, je n’avais ni grâce, ni équilibre, je souffrais terriblement et je suais comme un beau cochon tout rose. Je finis ma bouteille d’eau dès les quinze premières minutes. La professeure m’a d’ailleurs priée de ne boire que lorsqu’elle nous le dirait…j’étais bouche bée, et bouche assoiffée surtout. Ainsi effarée et affaiblie, je me suis repliée dans la posture de l’enfant pour le reste de la séance, tout en échafaudant un plan d’évasion.

Une fille à côté de moi, nouvelle elle aussi, n’en pouvait plus non plus. Elle se leva soudainement et voulut quitter la salle. Le démon en personne lui demanda de rester assise. Cette demande se transforma très vite en obligation. « Où allez-vous? Vous êtes censée rester toute la séance dans la salle. Assise si vous voulez, mais dans la salle. Si vous sortez, vous ne pourrez plus rentrer.  » Dans quoi est-ce que je m’étais embarquée? On ne pouvait ni boire, ni sortir? Ne faisant mots de ce que cette folle racontait, elle sortit. Mon héros. Mais je n’étais pas aussi courageuse qu’elle. Je restai sagement sur mon petit tapis, glorifiant la bouffée d’air plus ou moins fraîche que m’envoya le claquement de la porte quand elle sortit.

L’heure et demie terminée, chancelante et dégoulinante, je pris mes cliques et mes claques et décampai, sans même avoir pris le temps de prendre une douche dans les deux salles de bains que l’école offrait pour ses 40 élèves. Trois classes sur dix furent utilisées, et je ne me suis jamais sentie aussi bien d’avoir abandonné quelque chose.

Ne faites pas confiance à vos amies, je disais…Namasté.