Je ne sais pas ce que c’est… l’odeur des aéroports, les mines tirées, le grésillement des haut-parleurs ou les accents qui changent. Il y a quelque chose de magique qui se produit dès que je voyage.

Les fardeaux que je porte quotidiennement s’évaporent, et leur lourdeur n’est qu’un lointain souvenir. Ils viennent se perdre dans mes bagages, entre mes souliers, mes culottes et mon livre préféré. Le bruit des pas pressés n’est qu’une berceuse lointaine, aux échos familiers.

Mon téléphone sonne, je ne réponds pas. Je ne suis plus là. Les frontières du réel sont dépassées. Je suis en territoire connu, néanmoins vaste et flou. Je le connais si bien, mais il me surprend à chaque fois. Entre les rires et les larmes, son cœur balance doucement.

Les avions ne cessent leur bal envoutant. Habillés de leur costume prestigieux, ils glissent lentement sur la piste. Leur valse ne perd pas de sa cadence; chronométrée, au millimètre près.

C’est un espace-temps étrange, celui du voyage. Je m’y abandonne toujours. Je ne suis plus la même. La carapace qui m’habille, je m’en dévêtis dans la 747 direction Aéroport Pierre Eliott Trudeau. Je la plie pour ne pas qu’elle se froisse – tôt ou tard elle retrouvera ma garde-robe, ou elle côtoiera mes angoisses et mes insomnies.

Le voyage, ce sont les gens, les nouvelles émotions et les couleurs qui les entourent. Les sons, les odeurs, des mains qui se serrent et des rires aux tonalités exotiques qui viennent s’ajouter à nos souvenirs.

Il est curieux que je me sente seule à Montréal entourée de tant d’amis alors que je sois comblée, une valise comme seul repère, à l’autre bout du monde. L’ailleurs est l’endroit où je souhaite me perdre, pour abandonner mes repères, habillée de mon sourire et de mes joues rosies par l’aventure.

Mais je sais que l’abandon n’est qu’un mirage et qu’il faudra bientôt revenir au confort pesant de la routine. Avec la vie qui s’installe, et les gestes quotidiens qui s’assemblent et se ressemblent, j’en oublis de me forcer à me perdre, de partir en voyage dans ma tête et dans mon quartier. Il est pourtant si simple de se désorienter proche de chez soi : accepter une invitation dans un lieu inconnu avec des gens inconnus, commencer un nouveau livre, se détendre lors d’une session de yoga, se concentrer sur une nouvelle recette, prendre le temps d’être seule en se baladant dans les ruelles d’à côté, prendre un chocolat chaud au café d’en face, celui que l’on croise tout le temps, mais dont nos pieds n’ont jamais frôlé le sol, mais surtout oser.

Oser et ne plus avoir peur de prendre de risques. Parce que finalement, c’est la raison pour laquelle j’aime tant voyager : une autre Constance se dévoile, plus fraiche et prête à prendre des chemins sinueux et tordus. Pourquoi attendre un moment exceptionnel pour voyager lorsque chaque jour peut nous mener quelque part ?