Aujourd’hui, cela fait officiellement 25 ans que je respire, mange, pleure, crie, ris, bref que je vis. 25 ans. Un quart de siècle. L’angoisse face au terme “siècle”. Mais surtout l’angoisse face à la différence entre où je me trouve dans la vie versus l’idée que je me faisais, enfant, d’où je me trouverais à cet âge.

Je me vois encore gamine, les cheveux emmêlés, le toupet dans les yeux, le sourire édenté et le petit nez morveux. La conviction inébranlable que tout irait bien. Que la planète était en pleine santé, que papie et mamie aussi. Et qu’il en serait ainsi encore longtemps, toujours.

Qu’un jour je serais une grande personne dotée non seulement d’une auto et de talons hauts, mais surtout d’une grande intelligence et d’un talent exceptionnel qui me permettrait de faire ce que je veux. Que j’aurais un emploi important qui ferait de moi une personne importante. Que j’aurais un chat roux qui s’appellerait Figaro (déjà une tendance pour le milieu journalistique) un mari et deux enfants (un gars une fille, déjà une tendance pour la cause de l’égalité des sexes). Tout ça, pas mal autour de 25 ans. LOL. T’es cute mini Sophie, du haut de ton arc-en-ciel en barbapapa entourée de licornes. C’est quand même beau la naïveté d’un enfant, on va se le dire.

Rien de tout ça n’est arrivé. Pas même le chat. La planète est fucked up, c’est le moindre qu’on puisse dire, mamie est pas top shape et papi est parti. Pour le reste je vous épargne les détails, mais disons que la carrière, le mari et les kids ont pris le bord. Du moins, ces choses ne font pas partis de ma vie. Pas encore.

Mais d’autres auxquelles je n’avais jamais aspirées sont arrivées, des choses tellement belles qu’elles me font sourire, là tout de suite. Jamais je n’aurais pensé pouvoir étudier en Californie et m’y faire de réels bons amis, faire du volontariat au Nicaragua, surfer à Hawaii, avoir the time of my life dans maints festivals et y faire du bodysurfing, instaurer une tradition annuelle de roadtrip en Nouvelle-Angleterre entre amis, escalader un volcan actif et ce jusqu’au dessus des nuages,  faire l’amour sur une plage Balinaise, me faire réveiller en camping par le saut des kangourous, voir le reflet de la lune dans la mer de Flores illuminée de planctons luminescents… Une addition de nombreux petits moments tellement précieux de par leur imprévisibilité, irréels voir magiques qui n’étaient pas dans le plan initial. Et j’en passe.

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crédit photo: Marie-Pierre Guignard

Donc note à l’enfant en moi, en nous tous autant que nous sommes: ne soyons pas déçu par la personne que nous sommes devenus. La raison pour laquelle le plan qu’on s’est fait il y a toutes ces années déroge à la situation présente réside dans le fait que la vision d’un enfant est d’abord basée sur une conception du monde idéalisée voire complètement erronée. Mais plus encore, parce que peut-être sommes nous justement resté jeunes de cœur plus longtemps que prévu. Peut-être avons-nous pris davantage notre temps, nous permettant conséquemment de peser nos décisions et d’apprécier les petites choses de la vie qui nous auraient autrement échappées. Ces éléments nous entraînant à des moments et des situations ni meilleures ni pires que le plan initial. Simplement différentes, qui au final, nous rendent tout aussi heureux, sinon voir plus.

Tout le reste peut donc attendre.
Encore 25 ans.


Crédit photo : Breakfast at Tiffany’s