Il n’y a pas si longtemps de cela, je prenais une bière avec deux gars, tout bonnement… Comme les moments où je suis seule en compagnie de plus d’un hommes d’hommes sont rares, j’en ai profité pour sonder leur opinion sur les relations hommes femmes. J’avais envie d’entendre leur point de vue sur l’engagement et autres mystères du sexe opposé.

La discussion allait de bon train, jusqu’à ce qu’un des deux me lance entre deux gorgées de bière : « Anyways, une chose est sûre et certaine c’est que vous les femmes, vous êtes toutes folles! À différents degrés, mais vous êtes vraiment toutes des folles. », son ami s’empressant d’acquiescer avec certitude : « Ah ouais, là-dessus je suis d’accord avec toi à 100% bro! ».

Et il y avait moi, assise devant eux avec la face d’une végétalienne qui se ferait servir un filet mignon bien saignant au restaurant. Vous savez ce mélange de stupeur, de désaccord et de dégoût.

Clarifions d’abord quelque chose : dans la vie, il y a deux façons de traiter une fille de folle. Il y a la première, quand une amie nous dit qu’elle a dépensé 500$ pour une nouvelle paire de bottes et qu’on lui dit : « Ayoye, maudit que t’es folle! » Celle-là, elle n’est pas grave; on est plutôt en train de traiter notre amie de fofolle. Une fofolle, ça fait des trucs frivoles genre faire un face swap sur Snapchat avec son chat ou manger de la pâte à biscuit pas cuite.

L’autre façon de traiter quelqu’un de « folle » est en utilisant la phrase suivante : « Cette fille-là est une SAPERLIPOPETTE de folle! » (Remplacez saperlipopette par n’importe quel mot d’église). Pas besoin de vous faire un dessin, c’est de ce deuxième type de « follitude » dont les gars nous accusaient.

Le constat fût d’autant plus inquiétant lorsque, en consultant mon entourage, j’ai réalisé que plusieurs personnes, autant hommes que femmes, croyaient réellement en cette théorie ridicule… En discutant avec eux, je me suis rendu compte que la définition de folle s’apparentait drôlement à celle d’une fille sûre d’elle, qui s’affirme, qui est honnête et qui n’a pas peur de dire ce qu’elle pense.

Pour être honnête, je pense que les gens qui ont cette opinion ne sont pas nécessairement à blâmer? Comment voulez-vous qu’ils pensent autrement avec le portrait rétrograde que notre société dresse des femmes?

Trop souvent, on dit d’une femme qui se met en colère qu’elle « pète une coche » ou qu’elle « fait une crise ». On dit des jeunes filles qui démontrent une force de caractère qu’elles sont « des petites boss des bécosses », plutôt que des leaders. On perçoit une femme jalouse comme une Germaine hyper contrôlante. Une fille qui assume sa féminité et sa sexualité se mérite le titre d’agace, de fille facile ou de plotte. De son côté, la femme qui présente des signes de dépression, elle, sera souvent considérée comme une personne faible. Et une femme qui ose s’affirmer en refusant certains comportements misogynes alors là, elle n’est rien de moins qu’une hystérique… « Une criss de folle »!

J’ose espérer qu’un jour, un signe de faiblesse sera perçu par tous comme autre chose qu’un signe de déséquilibre mental. Pour que l’on puisse enfin se faire traiter de fofolles plutôt que de saperlipopette de folles!

Il reste encore du chemin à faire, mais nous sommes sur la bonne voie. On dénonce de plus en plus les comportements misogynes et je pense qu’autant du côté des hommes que des femmes – on rêve à l’égalité, la parité et au respect universel.

Est-ce que toutes les femmes sont saines d’esprit? Certainement pas, je suis d’ailleurs la première à parfois douter de mon équilibre intérieur! Est-ce que hors de tous doutes « toutes les femmes sont folles»? Certainement pas!

Et là-dessus, j’espère que vous allez vous empresser de répondre : « je suis d’accord avec toi à 100% bro! ».